Édouard Philippe joue-t-il un coup de maître ? Son étrange stratégie intrigue avant la présidentielle
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Édouard Philippe joue-t-il un coup de maître ? Son étrange stratégie intrigue avant la présidentielle

L’ancien Premier ministre prend son temps et refuse pour l’instant d’accélérer le tempo de sa candidature pour la présidentielle. Mais face à un Gabriel Attal qui a des fourmis dans les jambes, certains s’inquiètent qu’Édouard Philippe ne se montre pas plus allant, craignant qu’il ne pèche par excès de sondages flatteurs.

Pas d’esbrouffe, pas de numéro de claquettes. Édouard Philippe a beau avoir été le tout premier à se lancer dans la présidentielle en officialisant sa candidature dès l’été 2024, l’ancien Premier ministre se déplace désormais dans l’atmosphère à pas de chat. Au point d’agacer jusque dans son propre camp.

“Il faut qu’il nous montre son envie d’être président de la République”, a lancé Gérald Darmanin ce mardi sur France 2.

“Je le connais personnellement, je sais qu’il a cette envie d’être président, mais qu’il le montre aux Français”, a encore insisté le garde des Sceaux, pourtant apparu à plusieurs reprises à ses côtés ces derniers mois.

Est-ce le contraste avec Gabriel Attal qui inquiète le ministre de la Justice? En 72 heures, le patron de Renaissance a déclaré sa candidature dans le décor bucolique d’un village de l’Aveyron, enchaîné sur une transhumance express au milieu des vaches, poursuivi sur TF1, accordé un entretien à Brut et puis répondu aux questions de France inter. Une semaine plus tard, il tenait ce samedi 30 mai son premier meeting de campagne.

À mille lieux d’Édouard Philippe qui assume de prendre son temps, quitte à parfois sembler y aller à reculons en dépit d’un déplacement il y a quelques jours à Kiev et d’un raout prévu le 5 juillet à Paris.

Son programme présidentiel, qu’il promettait “massif” et qui devait être dévoilé après les municipales, a finalement été repoussé. Son dernier grand rendez-vous à Reims le 10 mai a quant à lui a davantage ressemblé à une réunion de cadres qu’à une étape de conquête. Quant à labourer le terrain, comme Gabriel Attal dit vouloir le faire dans le cadre d’une” campagne permanente”, ce n’est toujours pas le style de la maison.

Officiellement, pas d’inquiétude. “La présidentielle est un marathon, on va aller crescendo. Et surtout, on ne va pas se laisser dicter notre agenda par qui que ce soit”, tranche le député Vincent Thiébault, délégué départemental du parti.

“Son envie est totale, ça fait des années qu’il s’organise pour 2027. Tant mieux si certains sont frustrés, c’est bon signe, ça montre qu’il y a de l’attente autour de lui”, abonde son collègue de l’Assemblée et secrétaire national d’Horizons Henri Alfandari.

Si certains affichent leur confiance, d’autres sont plus inquiets. Dans la tête de ses lieutenants, le spectre d’Alain Juppé rode. Très proche de l’ancien Premier ministre de Jacques Chirac, Édouard Philippe, alors son porte-parole, avait assisté au premier rang à sa candidature à la présidentielle de 2017 qui avait tourné au fiasco.

En tête pendant des mois de tous les sondages, celui qui était alors maire de Bordeaux, avait fait une campagne minimaliste avant de finalement s’incliner face à François Fillon lors de la primaire de la droite.

“Le problème, c’est que quand vous êtes hauts dans les sondages, ça vous incite à ne pas prendre de risque. Plus vous parlez, plus vous proposez des choses, plus vous risquez de vous abîmer. En même temps, il ne faut pas être planqué. C’est assez insoluble”, résume un maire Horizons.

Édouard Philippe semble parfaitement conscient du piège. Lors du congrès de son parti à Reims, il glissait qu'”un an, c’est à la fois très court et très long”. Mais l’ancien locataire de Matignon refuse de prétendre être ce qu’il n’est pas. “Je suis sérieux. Je ne vais pas monter sur la table pour faire le malin”, lâchait-il dans Le Parisien quelques jours plus tard.

La petite phrase visait certes Gabriel Attal mais elle a fait tiquer quelques élus Horizons. “Je ne sais pas si c’est faire le malin que de faire campagne”, grince un maire de son parti. Avant de tempérer: “Édouard Philippe est un animal à sang froid. Il prend son temps, c’est sa nature”.

Est-ce que parce que la potion du futur programme présidentiel d’Édouard Philippe pourrait être amère qu’il préfère rester au bord de l’arène présidentielle? L’ancien Premier ministre défend par exemple un report de l’âge de départ à la retraite à “65, 66, 67 ans”, alors même que la précédente réforme, désormais suspendue, a provoqué des mois d’affrontement politique et social.

“Partir trop tôt, c’est focaliser les coups sur soi, notamment quand vous portez des propositions difficiles mais nécessaires. Il le sait très bien”, reconnaît d’ailleurs l’une de ses proches.

Peut-on gagner une présidentielle avec un discours de rigueur et de sacrifices alors que, sondage après sondage, le pouvoir d’achat reste l’obsession majeure des Français? Rien n’est moins sûr.

“Il va falloir à la fois être très rationnel dans le contexte économique qui est le nôtre et en même temps amener du positif. Ce ne sera pas facile”, reconnaît d’ailleurs le député Henri Alfandari.

Le congrès de Reims n’a d’ailleurs guère soulevé les foules. Ambiance feutrée, réunion de cadres, ton maîtrisé et simple annonce, pour l’instant, d’une “direction collégiale” de campagne: difficile d’y voir le signal d’un emballement.

En attendant, la retenue a quelques avantages. Elle permet de laisser Gabriel Attal, qui chasse un électorat proche du sien, de concentrer les coups dans les prochaines semaines et peut-être de dévisser dans les sondages. La manœuvre se justifie d’autant plus que le patron de Renaissance a promis de se retirer à l’hiver s’il était moins bien placé qu’Édouard Philippe dans les sondages.

L’entourage du candidat mise aussi sur un constat simple: les Français n’ont pas encore à la tête à la présidentielle, entre les congés d’été qui approchent, un contexte international sous très haute tension et les hausses des prix du carburant. En clair, à quoi bon s’épuiser dès maintenant, alors que la campagne finira forcément par entrer dans une phase éreintante?

“Si vous voulez qu’il se fatigue un 15 août à faire un meeting, je ne vois pas bien le but. Si Gabriel Attal veut faire le mariole sur les plages l’été, libre à lui. Nous, on réfléchit”, griffe un maire Horizons.

Surtout son entourage le promet: “quand il va partir en campagne, il sera à fond”, pronostique ainsi le député Vincent Thiébault. À la rentrée, Édouard Philippe ira à la rencontre des syndicats. Toujours dans son registre: sérieux, appliqué, sans éclat.

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