Le dernier budget de l’ère Macron menace d’enflammer le Parlement
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Le dernier budget de l’ère Macron menace d’enflammer le Parlement

Sébastien Lecornu, ici le 1er juillet au Sénat.

Les aspirants à l’Élysée ont les yeux tournés vers 2027 mais Sébastien Lecornu lui a une mission plus urgente. Avant le 31 décembre prochain, il doit réussir à faire passer un budget qui permette à la France de tenir au moins jusqu’à l’installation du futur président de la République. Toujours très compliquée pour l’exécutif sans majorité, la tâche s’annonce encore plus ardue pour le dernier budget de l’ère Macron.

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a rapidement fait savoir qu’il entendait préparer les textes budgétaires « le plus en amont possible » avec pour objectif une adoption « avant février » le début officiel de la campagne présidentielle. Le Premier ministre est pour l’instant resté discret sur le contenu de ces futurs textes budgétaires (État et Sécurité sociales). Ses marges de manœuvre sont très réduites, entre les alertes des institutions sur l’état des finances françaises, l’objectif maintenu de passer sous les 3 % du PIB de déficit en 2029, les attentes de l’opinion publique et la pression mise par l’opposition.

C’est, à ce stade, la seule quasi-certitude : le gouvernement souhaite « déposer un budget dans lequel il n’y aura pas de hausse d’impôt » dixit ministre de l’Économie Roland Lescure fin mai. Ce point posé, l’exécutif reste à la recherche d’économies massives. Car le début de l’année 2026 a été marqué par « une série de chocs sur l’économie française », selon David Amiel qui évoquait la guerre en Iran et la canicule.

Un comité d’alertes sur les finances publiques prévu le 7 juillet devrait déboucher sur de nouvelles coupes pour compenser les aides carburants alloués par l’État.

Le Premier ministre souhaite aussi mettre dans le débat budgétaire à l’automne le remboursement de médicaments « qui ne servent plus à grand-chose » ou le coût des arrêts maladie, « mère de toutes les batailles », qui ne peut « pas attendre la présidentielle ». En parallèle, le gouvernement a mandaté quatre économistes chargés de plancher sur des scénarios de redressement dès 2027, dans le but inavoué de déminer le terrain sur des économies jugées indispensables par l’exécutif mais contestés par une partie des oppositions.

Début juin, le gouvernement a annoncé un sérieux coup de rabot dans le domaine écologique, avec 275 millions d’euros de crédits annulés ou gelés et des conséquences sur le Fond Vert et MaPrimeRénov’. Mais répéter une telle opération dans le budget 2027 sera politiquement périlleux, alors que l’État se voit déjà accusé d’inaction climatique et que d’ici là, les chiffres de la surmortalité des épisodes caniculaires devraient être connus. Avant même la séquence budgétaire, le groupe PS a réclamé des actions du gouvernement dans ce domaine avant de décider son soutien à la motion de censure déposée par les Écologistes… contre l’impréparation de l’État et du gouvernement face à la canicule.

Le gouvernement devra aussi s’atteler à dégager de nouvelles recettes, sans hausse de l’imposition. Aux Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, le Premier ministre s’est montré ouvert à une proposition de l’économiste prix Nobel Philippe Aghion pour mettre les transmissions des grandes fortunes à contribution dans des « fondations d’intérêt public » à leur nom pour l’éducation, la recherche, la défense. « Moi je dis chiche », a affirmé le chef du gouvernement, « parce que l’année prochaine, on a encore une marge de 6 milliards d’euros à trouver dans nos comptes publics pour notre défense ». Si la mesure peut parler à la gauche, elle risque en revanche de faire hurler la droite de l’hémicycle, par définition opposé à toute taxation sur l’héritage.

Reste LA question qui fait cauchemarder le gouvernement : comment faire passer un budget dans un hémicycle sans majorité et avec des oppositions de moins en moins enclines à sauver le gouvernement à l’approche de la présidentielle. Sébastien Lecornu a semblé écarter l’option d’une loi spéciale, estimant que la présidentielle en mai repousserait de facto l’adoption du budget à l’automne 2027 avec « un déficit à 6 ou 7 % » du PIB.

Le ministre David Amiel a lui clarifié la « ligne du gouvernement » qui négociera « avec la droite républicaine, avec la gauche républicaine, avec le bloc central » mais ni avec le RN ni LFI. Pour le budget 2026, Sébastien Lecornu avait réussi à conclure un accord de non-censure avec les socialistes. Mais sa reconduction un an plus tard semble plus que jamais compromise, certains cadres confiant dans la presse que « s’il n’y a pas de budget, ça ne serait pas très grave » et le groupe étant en sus miné par les dissensions entre le numéro 1 du parti Olivier Faure et le chef des députés Boris Vallaud. Anticipant les blocages, la présidente Renaissance de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, n’y est pas allée par quatre chemins, plaidant pour un recours à l’article 49.3 de la Constitution pour faire passer un budget « sobre et technique, raisonnable. »

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