Édouard Philippe de nouveau rattrapé par une primaire qu’il pensait définitivement écartée avant l’été
News

Édouard Philippe de nouveau rattrapé par une primaire qu’il pensait définitivement écartée avant l’été

Edouard Philippe, ici lors du “Laboratoire de la République” organisé à Sens par Jean-Michel Blanquer le 29 août 2026. EN BREF
Édouard Philippe, l’un des principaux candidats déclarés à droite et au centre pour la présidentielle ne veut pas entendre parler d’une primaire.
Le maire du Havre espère que les sondages lui permettront de prendre l’ascendant sur ses rivaux dont beaucoup veulent désormais d’une primaire.
Gabriel Attal et Bruno Retailleau s’y sont convertis dans l’espoir de battre l’ancien Premier ministre.

Édouard Philippe veut parler du « fond ». Celui qui avait fait miroiter des mois avant le lancement de sa campagne un programme « massif » en a dévoilé quelques pans, sur l’école et le chômage, en cette rentrée 2027. Mais le voilà rattrapé, à son grand agacement, par une question de forme : celle sur l’organisation d’une primaire dite « de la droite et du centre » qui ressurgit avec force alors que se multiplient les candidatures.

Longtemps, Gérald Darmanin a tenté d’installer l’idée d’un tel processus de départage dans sa famille politique. Le Garde des Sceaux a depuis rallié Édouard Philippe et trouvé d’autres mises en garde à formuler. Mais le candidat a été rattrapé par la manche par un autre de ses éventuels futurs soutiens : le LR Laurent Wauquiez. Lors de sa traditionnelle ascension du mont Mézenc à la veille de la rentrée, celui qui avait suscité une controverse en tendant la main à Édouard Philippe s’est dit « convaincu » que « la primaire est la moins mauvaise des solutions pour rassembler la droite » et éviter « un échec assuré ». David Lisnard, maire de Cannes ex-LR et candidat à la présidentielle, la réclame aussi.

Le même jour, l’ancien Premier ministre François Bayrou y allait aussi de sa (nouvelle) proposition : « un débat de plusieurs semaines, tranché à la fin du mois de janvier par un vote par Internet ouvert aux millions de Français ». Moins d’une semaine plutôt, ce sont 200 élus de la droite et du centre qui lançaient un appel en ce sens en cosignant une tribune du centriste Hervé Morin pour « une primaire ouverte » organisée cet automne entre les signataires d’une charte « de valeurs et de principes communs ».

À neuf mois du premier tour, ces diverses sollicitations n’ont pas reçu le même accueil chez les principaux concernés Gabriel Attal, Bruno Retailleau et Édouard Philippe. Les deux premiers se sont empressés de faire savoir qu’ils n’avaient « jamais » définitivement rejeté l’idée d’une primaire, se disant prêts à y participer si jamais elle voyait le jour. Avant de renvoyer la balle à Édouard Philippe, lequel a dès le début exclu toute participation à un tel processus.

L’ancien Premier ministre mise avant tout sur les sondages pour écraser la concurrence. Et les études d’opinion lui ont un temps donné raison. Au printemps, un sondage Elabe pour BFMTV et La Tribune donnait le RN vainqueur dans toutes les configurations au second tour… sauf en cas de duel avec Édouard Philippe. Le Havrais pouvait aussi faire valoir une avance confortable sur ces deux adversaires. En mai, l’officialisation de candidature de Gabriel Attal ne lui avait pas permis de rattraper son concurrent Horizons et le candidat Renaissance échouait même à se qualifier au second tour en cas de retrait d’Édouard Philippe.

Problème pour le premier chef de gouvernement d’Emmanuel Macron : un sondage paru à la fin de l’été a mis à mal son argumentation. Réalisé par Harris Interactive/Toluna pour M6 et RTL entre le 18 et le 19 août, il donne Jean-Luc Mélenchon et Édouard Philippe au coude-à-coude (17 %) pour la qualification au 2nd tour, même en cas de retrait de Gabriel Attal. S’il est seul dans son camp, Gabriel Attal est de son côté mesuré à 15 %, ce que son entourage s’est empressé d’interpréter comme la preuve qu’Édouard Philippe « est en train de perdre son pari d’être le rempart au premier tour face à Jean-Luc Mélenchon et le rempart au second tour face à Marine Le Pen. » « Ce que montre ce sondage, (…) c’est qu’il n’y a plus de favori » dans le bloc central, a ensuite enfoncé le candidat Renaissance.

Lis-moi ton sondage, je te lirai le mien. Ce lundi 31 août, les soutiens d’Édouard Philippe ont contre-attaqué avec une autre étude d’opinion. Réalisée entre le 26 et le 28 août par Elabe, elle donne Édouard Philippe devant Gabriel Attal, autant dans une configuration où les deux hommes sont sur la ligne de départ que si l’un ou l’autre devient le candidat unique. Bruno Retailleau n’atteint lui jamais les 10 %. Édouard Philippe « est de très loin le mieux placé, il fait le double de ses concurrents au sein de la droite et du centre au premier tour » a souligné Maud Bregeon, membre de Renaissance mais qui a rallié le candidat Horizons. Et la porte-parole du gouvernement de trancher : « le temps de la primaire est terminé, il n’y a encore une fois, je le dis, plus match. Édouard Philippe est le seul à pouvoir faire ce rassemblement-là. »

Un autre argument est mis en avant : la difficulté, chez les partisans d’une primaire, d’en définir le périmètre. « J’ai l’impression qu’à chaque fois, ils parlent de choses différentes. Certains disent qu’il faut la faire très tôt, d’autres à la fin de la campagne. Certains disent qu’elle doit aller de la droite conservatrice jusqu’au centre, d’autres de la droite conservatrice jusqu’à la gauche. Reconnaissez que ce n’est pas la même chose », a épinglé Édouard Philippe lui-même sur BFMTV le 30 août, pointant que même chez LR des dissonances existent entre ceux qui disent accepter une primaire et ceux qui comme Xavier Bertrand s’y opposent catégoriquement. Valérie Pécresse, candidate de LR en 2022 et pas avare de compliments à l’égard d’Édouard Philippe, estime aussi désormais qu’il est « trop tard pour organiser » une primaire, à laquelle elle était pourtant favorable.

Toujours contre à ce qu’il considère être « un formidable exercice pour insister sur les divisions et les différences », Édouard Philippe continue pourtant à se poser en rassembleur dans l’attente d’un « moment », entre « novembre et février » espère-t-il, où « il faudra constater cette capacité de rassemblement. » Et si le constat ne se faisait pas ? Interrogé sur un éventuel retrait pour éviter une dispersion des voix de son camp, le candidat botte en touche : « J’ai toujours dit que l’ensemble des candidats de la droite et centre devrait faire acte de responsabilité. Liberté d’expression, responsabilité des choix. Et je suis un des responsables de la droite et du centre, donc je m’inclus dans cette obligation. »

LEAVE A RESPONSE

Your email address will not be published. Required fields are marked *