La France insoumise sous le feu des critiques après son abstention sur les droits LGBT
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La France insoumise sous le feu des critiques après son abstention sur les droits LGBT

Il y a des combats qui devraient être simples. Il ne devrait pas y avoir plusieurs catégories de victimes. Plusieurs catégories d’homophobie. Plusieurs catégories d’indignation. Les droits des personnes LGBT sont universels. Ils ne sont ni de droite, ni de gauche. Ni français, ni sénégalais. Ils ne devraient jamais dépendre de l’identité de celui qui discrimine, insulte ou persécute.

Pourtant, lorsqu’on observe les prises de position de La France insoumise (LFI) ces dernières années, une impression tenace s’impose et s’installe : l’inconstance et l’incohérence sur les droits LGBT. Le 25 juin dernier restera comme une étrange démonstration de ce que j’appellerai les « deux salles, deux ambiances ». Le même jour, à la Région Île-de-France, avec Valérie Pécresse, nous faisions adopter à l’unanimité une motion de soutien aux personnes LGBT persécutées au Sénégal.

L’universalisme à l’épreuve

Au même moment, à Saint-Denis, la majorité municipale dirigée par Bally Bagayoko choisissait de ne pas soutenir un texte poursuivant le même objectif. Pourquoi une telle différence ? Divergence politique ? Rivalité partisane parce que le texte était porté par le Parti socialiste ? Ou symptôme d’un malaise plus profond sur ces questions ? Ces interrogations méritent d’être posées.

Le problème de LFI ne vient pas de ses propositions. Le problème est ailleurs. Il réside dans ce qui apparaît comme une cohérence à géométrie variable. Lorsque l’homophobie vient d’autres bancs, LFI est souvent la première à réclamer des excuses, des sanctions, des démissions. La condamnation est immédiate, absolue, sans nuance.

Mais lorsque les polémiques concernent son propre camp, certains de ses alliés ou des partenaires politiques internationaux, le ton semble parfois changer. Prenons l’exemple de l’affaire Sophia Chikirou. Des propos – « cette bande de taffioles de merde », révélés par Complément d’enquête – sont qualifiés d’homophobes par plusieurs associations.

Ces associations demandent des sanctions. Elles ne viendront pas. Au contraire, la direction de LFI choisit de défendre sa députée. C’est un dérapage. Mais la véritable question est ailleurs. La réaction aurait-elle été la même si ces propos avaient été tenus par un élu de droite ? C’est précisément cette différence de traitement qui nourrit aujourd’hui le procès en incohérence. Cette impression dépasse largement le seul cas Chikirou. Elle s’est retrouvée dans les relations de LFI avec le PASTEF sénégalais.

Personne ne conteste qu’il faille dialoguer avec des responsables politiques étrangers. Mais lorsque ceux-ci tiennent publiquement des positions très hostiles aux revendications LGBT, beaucoup s’interrogent. Oui, Jean-Luc Mélenchon a exprimé son désaccord. Oui, LFI a condamné le durcissement de la législation sénégalaise. Ces faits doivent être rappelés.

Le cas sénégalais, révélateur d’un malaise ?

Mais ils n’effacent pas le sentiment, exprimé par plusieurs observateurs, que la réaction fut infiniment plus prudente que celle que LFI réserve habituellement à ses adversaires politiques français. Pourquoi ? Parce qu’il s’agissait d’un partenaire politique ? Parce que les équilibres diplomatiques imposaient davantage de retenue ? Ou parce que certains sujets deviennent plus complexes lorsqu’ils concernent ceux avec lesquels on partage d’autres combats ?

Ces questions méritent d’être posées. Elles le méritent d’autant plus qu’un épisode récent est venu alimenter ce malaise. Le 25 juin dernier, au conseil municipal de Saint-Denis, un vœu appelant à soutenir les personnes LGBT persécutées au Sénégal était soumis au vote.

Ce texte ne proposait ni révolution idéologique ni débat de société français. Il rappelait simplement qu’aucun être humain ne devrait être persécuté en raison de son orientation sexuelle. Pourtant, la nouvelle majorité conduite par Bally Bagayoko ne l’a pas soutenue : elle s’est abstenue.

Saint-Denis, le vote qui interroge

Pourquoi ? Parce que le texte était présenté par des élus socialistes ? Parce qu’il existait un désaccord sur sa rédaction ? Ou ce vote révèle-t-il un malaise plus profond au sein d’une majorité qui compose avec des sensibilités très diverses, dont certaines sont objectivement plus conservatrices sur les questions LGBT ?

Là encore, il ne s’agit pas d’apporter une réponse à leur place. Mais ces interrogations sont légitimes. Car lorsque l’on refuse de voter un texte rappelant l’universalité des droits humains, il est normal que des questions politiques soient posées. Pris isolément, chacun de ces épisodes peut trouver sa propre explication. Pris ensemble, ils dessinent une même interrogation.

Les droits LGBT seraient-ils devenus, chez LFI, une cause à géométrie variable ? C’est probablement là le véritable paradoxe. L’universalisme ne supporte aucune exception, c’est cela la République. Il ne peut pas être absolu face à un adversaire et relatif face à un allié. Il ne peut pas être intransigeant à Paris et hésitant à Dakar. Il ne peut pas être exigeant pour les autres et plus indulgent pour soi-même.

Les droits humains ne sont pas une variable d’ajustement des alliances politiques. Ils ne devraient jamais dépendre d’un rapport de force électoral. Ils ne devraient jamais varier selon la couleur politique de celui qui les met en cause. C’est précisément cette cohérence qui manque aujourd’hui à La France insoumise.

Parce qu’au fond, le véritable sujet n’est pas de savoir si LFI défend les droits LGBT. Le véritable sujet est de savoir si elle les défend avec la même constance, la même fermeté et la même exigence, quelles que soient les circonstances. Autrement dit : ce combat est universel, il ne peut varier au grès postures électoralistes et clientélistes.

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