«Méconnaissance de l’histoire» Pourquoi la décision d’Emmanuel Grégoire fait autant polémique à Paris
C’est un double hommage que la Ville de Paris a voulu rendre, ce dimanche 12 juillet, à l’occasion de la Journée de commémoration nationale pour Alfred Dreyfus. Cent vingt ans jour pour jour après la réhabilitation du capitaine par la Cour de cassation, une statue « Hommage au capitaine Dreyfus », œuvre du sculpteur Tim réalisée entre 1985 et 1988, a été inaugurée devant l’ancien Palais de justice, sur l’île de la Cité, en présence d’Emmanuel Macron et du maire de Paris Emmanuel Grégoire.
Dans le même mouvement, l’édile a annoncé le renommage de la place Maurice-Barrès, au croisement de la rue Saint-Honoré et de la rue Cambon, qui devient « place Lucie Dreyfus », du nom de l’épouse du capitaine. Dans un communiqué publié sur son site, la Ville de Paris précise que cette décision fait suite à celle du maire « de débaptiser la place Maurice Barrès, antidreyfusard notoire qui fit de l’antisémitisme le moteur de son combat ». Elle ajoute faire « le choix de mettre en valeur des figures dont le parcours incarne les valeurs républicaines et rassemble les Parisiennes et les Parisiens ».
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Un effacement de la mémoire nationale
Sur X, Emmanuel Grégoire a lui-même détaillé sa démarche : « Aujourd’hui, à l’occasion de la journée nationale de commémoration de la reconnaissance de l’innocence d’Alfred Dreyfus, nous avons inauguré l’installation de la statue “hommage au capitaine Dreyfus” devant la Cour de cassation. J’ai également décidé de débaptiser la place Maurice Barrès, dont les écrits antisémites ont nourri la haine contre un homme innocent. Elle portera désormais le nom de Lucie Dreyfus, dont la force morale a été essentielle dans ce combat pour la vérité. »
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Mais la décision de débaptiser la place Maurice-Barrès, académicien, romancier et l’une des grandes figures du nationalisme littéraire français, ne fait pas l’unanimité. Sur X, l’historien Éric Anceau a dénoncé un choix « démagogique, injuste » qui « traduit une méconnaissance de l’histoire ». Il rappelle que Barrès reste « l’un de nos plus grands écrivains », en qui « Léon Blum voyait un maître et modèle ».
Une critique reprise, sur un registre plus vif, par le compte X Jo Zefka, consacré à la langue française et à la politique : « Débaptiser la place Maurice-Barrès… Quelle bande de bras cassés ! Léon Blum, socialiste, juif, dreyfusard s’il en fut, mais homme de lettres, doit se retourner dans sa tombe, affligé par tant de bêtise sectaire. » L’auteur du message y voit une forme de facilité mémorielle : « Il est vrai qu’il est tellement plus facile de combattre l’antisémitisme d’un siècle révolu que de regarder en face celui qui frappe aujourd’hui à notre porte. J’ai honte pour ceux qui ont participé à cette mascarade. »
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La Cocarde étudiante Île-de-France a également réagi, dénonçant un effacement de la mémoire nationale : « Au nom de l’idéologie progressiste, nos dirigeants effacent de nos rues le nom d’un académicien, écrivain et homme politique de renom. » Le mouvement affirme qu’« effacer le nom de Barrès de l’espace public c’est s’opposer à notre histoire se transmettant par “la terre et les morts” », une formule empruntée à l’œuvre même de l’écrivain lorrain.
L’eurodéputé du Rassemblement national Pierre-Romain Thionnet a lui aussi vivement critiqué la décision municipale. « Ce qui a de navrant avec la bêtise et l’ignorance crasse, magnifiquement cumulées ici par le maire de Paris, c’est que des guerres civiles intellectuelles déjà réglées sont rouvertes », a-t-il écrit sur X, invitant Emmanuel Grégoire à lire « les Diverses familles spirituelles de la France de Barrès », et à « conserver le nom de cette modeste place ». En vain.




