Philippe face à un surnom qui fait mal : pourquoi « Édouard le flemmard » revient sur le devant de la scène
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Philippe face à un surnom qui fait mal : pourquoi « Édouard le flemmard » revient sur le devant de la scène

« Édouard le flemmard » : Philippe face au poison lent du mauvais surnom

Infusion lente pour nuit calme ? Depuis plusieurs jours, Édouard Philippe est moqué par les troupes de Marine Le Pen, qui tentent de l’affubler du surnom peu flatteur « Édouard le flemmard. » Après Sébastien Chenu ou Jean-Philippe Tanguy, le député RN Guillaume Bigot a même publié sur les réseaux sociaux une chanson réalisée avec l’intelligence artificielle et entièrement dédiée à ce sobriquet.

Son histoire commence par un podcast. Pressé par ses proches de « fendre l’armure » pour rompre avec son image rigide, le candidat à la présidentielle s’est prêté au jeu de la longue conversation détendue avec l’entrepreneuse Pauline Laigneau. Dans cet entretien de plus d’1h30, Édouard Philippe rêve d’un calendrier politique à l’américaine qui permettrait au chef de l’État nouvellement élu de n’entrer en fonction que plusieurs mois après sa victoire. Le temps de « décompresser une semaine ou deux », de consulter et former ses équipes, pour mieux commencer son mandat.

Cette idée (ou idéal), Édouard Philippe ne se l’applique pas à lui-même. Il confirme dans le même échange qu’il fera avec les règles en vigueur, si les Français lui font confiance, lesquelles imposent une installation rapide à l’Élysée. Qu’importe, la polémique émerge sous l’impulsion du Rassemblement national. Dans la longue tradition de l’extrême droite, le parti lepéniste tente de caricaturer l’ancien Premier ministre en lui collant une étiquette infâmante. Ici, celle de tire-au-flanc donneur de leçons. Le surnom « Édouard le flemmard » est né… Et il est loin d’être anecdotique.

Sur les réseaux sociaux, les élus et militants d’extrême droite s’en donnent à cœur joie. Ils sont aidés dans leur entreprise par plusieurs comptes connus dans la sphère numérique libérale et souvent xénophobe. Après la chanson publiée par Guillaume Bigot, le surnom se décline par exemple en mèmes avec « où est Édouard le flemmard ? », façon « où est Charlie ? », mais également en version « huile sur toile. » Dans ces deux publications, l’ancien chef du gouvernement est représenté endormi, dans un hamac ou dans un lit.

Autant d’images peut-être légères, en ce qu’elles reprennent les codes des réseaux sociaux, mais qui peuvent devenir dévastatrices pour le maire du Havre si la réputation qui les accompagne perce le mur du son médiatique pour faire irruption dans la campagne. « Dans un premier temps, ça m’a fait sourire. Dans un deuxième temps, je n’ai pas souri », pourrait dire Édouard Philippe en paraphrasant l’un de ses modèles Jacques Chirac.

Pour cause : ce n’est pas la première fois que l’extrême droite, aidée par ses alliés numériques, joue de cette technique. Le précédent le plus sensible concerne sans doute Alain Juppé, un autre mentor du Normand. Alors en pleine campagne pour la primaire de la droite, en 2016, le maire de Bordeaux (et lui aussi ancien Premier ministre) avait traîné comme un boulet le surnom « Ali Juppé » attribué par la fachosphère sur la base (déjà) d’une fake news.

À cette époque, l’édile bordelais était accusé à tort d’avoir permis la construction d’une grande mosquée dans sa ville, et d’avoir entretenu une forme de complaisance à l’égard de l’islam radical. Une critique venue de nulle part, que l’entourage de celui qui était alors le grand favori de la présidentielle avait balayé d’un revers de main, sans jamais tenter de la désamorcer. Tout juste Alain Juppé s’était-il agacé d’une « campagne dégueulasse », quelques jours avant le vote.

De cette mésaventure, ses soutiens s’en sont difficilement remis. L’un de ses plus proches, Gilles Boyer, avait d’ailleurs confessé ne pas avoir saisi l’ampleur des dommages que pouvait provoquer un tel sparadrap dans son livre inventaire Rase campagne, publié quelques mois après l’échec. Il y expliquait notamment avoir « sous-estimé la viralité des rumeurs sur Alain Juppé, et la crédulité de ceux qui les lisaient. »

Hasard ou non, bon nombre de ces cadres figurent aujourd’hui dans l’équipe rapprochée d’Édouard Philippe, lui-même porte-parole du Bordelais en 2016. Les souvenirs douloureux sont donc particulièrement tenaces, en témoignent les confidences de plusieurs d’entre eux dans la presse. « C’est toujours aussi con » et cela ne « correspond à rien », s’exaspère aujourd’hui un intime d’Édouard Philippe (qui était hier auprès d’Alain Juppé), mais « on est obligé de le prendre au sérieux », regrette-il auprès du HuffPost.

Pour le cas de l’ancien Premier ministre d’Emmanuel Macron, si l’enjeu est aussi sensible, c’est que l’adjectif « flemmard » et les aspects qu’il charrie sont susceptibles d’entrer en contradiction frontale avec son projet politique. Le candidat Horizons, mieux placé que ses concurrents au sein du bloc central selon les sondages d’intention de vote, s’apprête à réclamer de sérieux efforts aux Français autour d’un mantra répété jour après jour : « il faut travailler plus. Et plus longtemps ».

Ainsi, les prochains jours auront valeur de test pour la puissance de ce nouveau surnom. Selon nos sources, Édouard Philippe a effectivement prévu d’annoncer sa fameuse réforme des retraites dans un avenir proche, quelques semaines tout au plus, avec l’idée de purger un dossier forcément impopulaire. Il y a quelques années, celui-ci imaginait repousser l’âge légal de départ à « 65, 66, voire 67 ans. » Une forme d’idéal, là aussi. Mais qui pourrait donner quelques refrains supplémentaires à une petite musique déjà désagréable pour ses partisans.

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