đŸ‡«đŸ‡· Matignon, piĂšge vers l’ÉlysĂ©e ? Pourquoi tant d’anciens Premiers ministres Ă©chouent Ă  conquĂ©rir la prĂ©sidence
News

đŸ‡«đŸ‡· Matignon, piĂšge vers l’ÉlysĂ©e ? Pourquoi tant d’anciens Premiers ministres Ă©chouent Ă  conquĂ©rir la prĂ©sidence

Nombre de Premiers ministres français ont tentĂ© de devenir prĂ©sidents. Mais seuls Georges Pompidou et Jacques Chirac ont rĂ©ussi leur passage de Matignon Ă  l’ElysĂ©e. Des modĂšles pour Bernard Cazeneuve ou Edouard Philippe ?

L’essentiel
L’ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve a exprimĂ©, mardi, son « dĂ©sir » d’ĂȘtre candidat Ă  la prĂ©sidentielle de 2027.
Comme lui, de nombreux ex-Premiers ministres ont souhaité devenir président de la République.
Seuls deux ont cependant réussi sous la Ve République : Georges Pompidou et Jacques Chirac.
Un « dĂ©sir » d’ĂȘtre prĂ©sident de la RĂ©publique. C’est par ce sentiment que l’ancien Premier ministre socialiste Bernard Cazeneuve a exprimĂ© son ambition Ă©lysĂ©enne mardi, affirmant que sa « dĂ©termination Ă  ĂȘtre dans le dĂ©bat est totale » pour 2027. « Bien entendu que j’en ai le dĂ©sir, sinon [
] je ne ferais pas tout ce que j’ai fait au cours des derniĂšres semaines », a rĂ©pondu sur France Inter celui qui a quittĂ© le Parti socialiste, lorsqu’il s’est alliĂ© avec La France insoumise pour les lĂ©gislatives de 2022, avant de rompre, puis de crĂ©er son mouvement La Convention.

Ancien Premier ministre de dĂ©cembre 2016 Ă  mai 2017, sous la prĂ©sidence de François Hollande, aprĂšs avoir Ă©tĂ© Place Beauvau Ă  l’époque des attentats de Paris et Saint-Denis, Bernard Cazeneuve, 62 ans, s’inscrit-il dans la lignĂ©e des locataires de Matignon aux ambitions Ă©lysĂ©ennes contrariĂ©es ? Nombreux sont ceux qui, ayant vĂ©cu cette expĂ©rience, ont nourri l’ambition d’ĂȘtre prĂ©sident de la RĂ©publique. Mais rares, sous la Ve RĂ©publique, Ă  l’avoir Ă©tĂ© : seuls Georges Pompidou et Jacques Chirac y sont parvenus. Michel DebrĂ©, Jacques Chaban-Delmas, Raymond Barre, Laurent Fabius, Lionel Jospin, Alain JuppĂ©, François Fillon, ou Jacques Chirac en 1988 ont bien tentĂ© le grand saut, sans succĂšs. Autant de personnalitĂ©s, de sensibilitĂ©s partisanes, d’histoire personnelle et de la France diffĂ©rentes, mais qui se retrouvent dans l’échec Ă  recevoir la consĂ©cration des Français.

đŸ‡«đŸ‡· Matignon, piĂšge vers l’ÉlysĂ©e ? Pourquoi tant d’anciens Premiers ministres Ă©chouent Ă  conquĂ©rir la prĂ©sidence
đŸ‡«đŸ‡· Matignon, piĂšge vers l’ÉlysĂ©e ? Pourquoi tant d’anciens Premiers ministres Ă©chouent Ă  conquĂ©rir la prĂ©sidence

Matignon, souvent un « handicap » pour une candidature présidentielle
« Il n’y a pas de fatalitĂ© pour passer de Matignon Ă  l’ElysĂ©e », nuance Jean Garrigues, prĂ©sident de la commission internationale pour l’histoire des assemblĂ©es d’Etat. L’historien Ă©voque le « contre-exemple » de Georges Pompidou. En disgrĂące Ă  la fin de la prĂ©sidence de de Gaulle, celui-ci rĂ©ussit pourtant Ă  « facilement » ĂȘtre Ă©lu en se prĂ©sentant comme le dauphin du gĂ©nĂ©ral. « Mais, Ă  la diffĂ©rence de beaucoup de ceux qui vont lui succĂ©der, relĂšve Jean Garrigues, Georges Pompidou est un Premier ministre qui a Ă©tĂ© populaire jusqu’au bout. »

Car « l’enfer de Matignon » use, et le Premier ministre « est souvent considĂ©rĂ© comme un fusible », note Pierre-Emmanuel Guigo, maĂźtre de confĂ©rences en histoire contemporaine Ă  l’UniversitĂ© Paris-Est-CrĂ©teil. Les rĂ©formes impopulaires, voire les grĂšves « marquent » une personnalitĂ©, Ă  l’instar de l’ancien Premier ministre Manuel Valls, fortement exposĂ© lors du mouvement social contre la loi Travail de 2016. « Son passage Ă  Matignon a laissĂ©, plus que pour d’autres, un souvenir nĂ©gatif », juge l’historien. La sortie de Matignon pour une campagne prĂ©sidentielle peut alors constituer un « handicap », selon Jean Garrigues, « car l’on paie le mĂ©contentement engendrĂ© par sa prĂ©sence au pouvoir ».

Le tri mémoriel parmi les anciens Premiers ministres
Le temps peut cependant ĂȘtre un alliĂ© pour des personnalitĂ©s passĂ©es par Matignon, Ă  l’instar d’Édouard Philippe ou d’Edouard Balladur, estime Jean Garrigues. Ces derniers disposent, selon lui, d’un « crĂ©dit d’homme d’État et de la lĂ©gitimitĂ© de ceux qui ont exercĂ© des responsabilitĂ©s majeures ». Or cette figure de sĂ©rieux n’était pas acquise pour Edouard Philippe, prĂ©cise l’historien. « En prenant ses distances avec Emmanuel Macron, beaucoup prĂ©voyaient que l’image d’un traĂźtre lui collerait Ă  la peau. Les Français ont fait un tri mĂ©moriel et choisissent, aujourd’hui, de retenir celle d’un Premier ministre efficace », estime-t-il.

Une image de rigueur dont bĂ©nĂ©ficie aussi Bernard Cazeneuve, ajoute Pierre-Emmanuel Guigo. Mais la briĂšvetĂ© de ses fonctions Ă  Matignon, il y a dix ans, juste avant la prĂ©sidentielle de 2017, a une contrepartie, Ă  savoir « un souvenir estompĂ© » auprĂšs des Français. « Mes Ă©tudiants ont dĂ©jĂ  du mal Ă  voir qui est François Hollande, note l’historien. Bernard Cazeneuve n’existe quasiment plus pour eux. »

Découvrir notre rubrique Election présidentielle 2027
Une autre difficultĂ© rĂ©side dans le nombre des personnalitĂ©s « sur le retour » qui ont l’ambition de devenir chef de l’Etat en 2027, selon cet historien, mais qui ne pourront pas tous se prĂ©senter Ă  la prĂ©sidentielle. Pierre-Emmanuel Guigo liste dans cette catĂ©gorie Bernard Cazeneuve, Dominique de Villepin, ou l’ancien prĂ©sident François Hollande. « Cependant, mieux vaut faire parler de soi, mais ne pas rĂ©ussir Ă  ĂȘtre candidat », affirme Pierre-Emmanuel Guigo, qui rappelle la dĂ©convenue de Michel DebrĂ©. Premier ministre du gĂ©nĂ©ral de Gaulle, rĂ©dacteur de la Constitution de la Ve RĂ©publique, il est l’un des piliers de l’histoire politique française contemporaine. « Michel DebrĂ© se prĂ©sente Ă  l’élection prĂ©sidentielle de 1981 et fait 1,66 % des voix. AprĂšs ça, il a Ă©tĂ© cuit pendant de nombreuses annĂ©es. »

 

LEAVE A RESPONSE

Your email address will not be published. Required fields are marked *