À moins d’une semaine de l’arrêt de la cour d’appel de Paris, qui dira le 7 juillet si Marine Le Pen est en mesure ou non de se présenter à l’élection présidentielle de 2027, c’est au tour de son dauphin d’être rattrapé par la justice. Jordan Bardella, président du Rassemblement national, est cité dans plusieurs procédures distinctes, à des stades différents.
Depuis mardi 30 juin, des perquisitions sont menées en France et dans d’autres pays de l’Union européenne, dans le cadre d’une enquête ouverte en juillet 2025 par le parquet de l’Union européenne. Elles visent des soupçons de détournement de fonds européens par le groupe Identité et démocratie (ID), au sein duquel siégeaient les eurodéputés du RN, entre 2019 et 2024, selon les informations du Monde.
Le parquet européen a confirmé « mener actuellement des mesures d’enquête en France et dans d’autres pays européens dans le cadre d’une enquête en cours portant sur l’usage de fonds européens par un ancien groupe politique du Parlement européen entre 2019 et 2024 ». L’enquête, ouverte à la suite d’un rapport de la direction des affaires financières du Parlement européen, porte sur plus de 4 millions d’euros de dépenses jugées suspectes, notamment au profit d’un prestataire du RN.
Jordan Bardella a lui-même annoncé la tenue de perquisitions, sur son compte du réseau X : « Depuis tôt ce matin [mardi 30 juin], des perquisitions sont en cours aux sièges et aux domiciles personnels de prestataires de communication ayant travaillé avec nous. »
Media training
Selon Le Canard enchaîné, le dossier le plus récent porte sur un appel d’offres remporté par le groupe RN au Parlement européen : Jordan Bardella aurait fait financer 133 000 euros de media training, destiné notamment à « apprendre à sourire », par des fonds européens.
Le journal satirique a par ailleurs révélé l’ouverture prochaine d’une information judiciaire visant Jordan Bardella, suite à une plainte déposée par l’association anticorruption Anticor. Le dossier porte sur son passage, en 2015, sur une période de quatre mois et demi, comme assistant parlementaire de l’eurodéputé Jean-François Jalkh [condamné en juin 2020 à 2 ans de prison pour le montage financier frauduleux du micro-parti Jeanne, peine confirmée en appel en mars 2023 avec une inéligibilité ramenée de 5 à 3 ans].
Cette plainte avec constitution de partie civile, qui entraîne en principe l’ouverture d’une information judiciaire et la désignation d’un juge d’instruction – fait suite à une enquête préliminaire restée bloquée, les enquêteurs n’ayant pas récupéré les scellés du dossier des assistants fictifs du Front national, dans lequel figuraient des éléments potentiellement compromettants, dont une clé USB fournie par Jean-François Jalkh lui-même.
La plainte d’Anticor porte sur les documents que Jordan Bardella est suspecté d’avoir « fabriqués » pour prouver qu’il avait réellement travaillé au Parlement européen, en 2015. Ces documents concernent des revues de presse qui auraient été antidatées. Anticor demande donc, dans ce dossier, la désignation d’un juge d’instruction.
Prêts suspects
L’hebdomadaire révèle par ailleurs l’existence d’une enquête distincte, menée par des magistrats à Paris et à Marseille, sur le financement des campagnes du RN entre 2020 et 2024. Elle porte sur des prêts possiblement irréguliers accordés à des candidats du parti, via des prête-noms, certains financés par l’homme d’affaires Pierre-Édouard Stérin.
L’ancien magistrat et actuel député RN Jean-Paul Garraud aurait notamment été entendu en juillet 2025 par la brigade financière de Nanterre, les enquêteurs s’intéressant à un virement de 200 000 euros destiné à sa campagne de 2021, en Occitanie.
« Persécution judiciaire »
Les responsables du parti d’extrême droite ont réagi en dénonçant unanimement une manœuvre politique. « Comme à chaque fois, les procédures judiciaires annoncent le calendrier électoral. Nous n’avons rien à nous reprocher, et nous le montrerons », écrit Jordan Bardella sur X.
Le porte-parole du RN, le député Philippe Ballard, a évoqué une plainte venue d’une « association militante » : « Il y en a beaucoup, qui nous font des procès, qu’elles ne gagnent jamais d’ailleurs. On va laisser la justice suivre son cours, mais on est sereins. »
Le député RN Jean-Philippe Tanguy a, pour sa part, jugé « troublant qu’à une semaine du délibéré de Marine Le Pen, cette affaire ressurgisse ».
La cour d’appel de Paris doit dire en effet, mardi 7 juillet, si elle confirme l’inéligibilité de Marine Le Pen dans l’affaire des assistants parlementaires européens du FN. Cette décision déterminera sa capacité à se présenter à l’élection présidentielle de 2027, pour laquelle Jordan Bardella est présenté comme le candidat subsidiaire du parti à la flamme.




